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Abdellatif Hammouchi…un “exemple” des droits de l’homme

Abdellatif Hammouchi est né en 1966 au cœur du Maroc rural, dans le village de Beni Ftheh, dans le pré-Rif, à proximité de la ville de Taza, orphelin d’un père fellah. Après avoir poursuivi des études en droit à l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Dhar Mehraz de Fès, il obtient, en 1991, un diplômé en sciences politiques et une spécialité dans les domaines de la sécurité et du renseignement, ce qui lui permet d’intégrer les rangs de la police du Royaume chérifien en 1993.


En 2007, il est nommé patron de la Direction Générale de la Surveillance Territoriale (DGST), puis en Mai 2015 directeur de la Directeur Générale de la Sureté Nationale (DGSN) par le Roi Mohammed VI, tout en conservant son poste de DG de la DGST.
Une trajectoire et une ascension fulgurante mais, émaillées de bien sordides affaires de torture et d’actes de cruauté perpétrés sur des prisonniers. Qu’on en juge.
En mai 2013 un ressortissant franco-marocain, Adil Lamtalsi, avait déposé une plainte pour « complicité de torture » contre Abdellatif Hammouchi, le chef de la DGST.
En Février 2014, une plainte de l’Organisation Non Gouvernementale (ONG) française Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) a été déposée contre le chef de la DGST marocaine, lors du voyage de ce dernier à Paris, dans le cadre d’une rencontre du ministre marocain de l’Intérieur Mohamed Hassad avec ses homologues européens.
La plainte de l’ACAT avait également été déposé contre l’État du Maroc au nom du défenseur des droits de l’Homme, Naama Asfari, devant le Comité des Nations Unies contre la torture.
En effet, selon la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, un individu qui se déclare victime d’une violation par un État partie à la Convention peut soumettre une communication au Comité.
Conformément à cette disposition, Asfari, avec le soutien de l’ACAT, a présenté une communication individuelle, le Maroc étant un Etat partie à la Convention contre la torture.
Le 20 avril 2015, le Comité contre la torture a déclaré recevable la communication contre le Maroc, avant de publier sa décision le 15 Novembre 2016, ayant décidé que les faits dont il est saisi font apparaître une violation par l’État partie, soit le Maroc, des articles 1 et 12 à 16 de la Convention.
D’autre part, ce même comité affilié aux Nations Unies, conformément au paragraphe 5 de l’article 118 de son règlement intérieur, invitait instamment l’État partie à indemniser le requérant de façon adéquate et équitable, à initier une enquête impartiale et approfondie sur les événements en question, de s’abstenir de tout acte de pression, d’intimidation ou de représailles susceptible de nuire à l’intégrité physique et morale du plaignant et de sa famille ! Mais ce n’est pas tout.
Une autre plainte est déposée par le champion du monde de boxe thaï Zakaria Moumni, pour « torture » en 2014, auprès du Procureur du pôle spécialisé crimes contre l’Humanité́ / crimes de guerre, du Tribunal de grande instance de Paris. Zakaria Moumni avait alors formellement reconnu Abdellatif Hammouchi, lors de l’une des séances de tortures subies au centre de détention de Temara.
Le centre de détention secret de Témara est un établissement de détention extrajudiciaire et de prison secrète situé à quelques kilomètres au sud de Rabat au Maroc. L’établissement serait géré par la DGST et aurait été impliqué dans le passé dans des violations des droits de l’homme. Ce centre de détention a été initialement créé comme un site noir pour la Central Intelligence Agency afin de mener des interrogatoires renforcés de suspects de terrorisme.
La justice marocaine, saisie, s’était alors empressée de rendre un arrêt concluant au classement sans suite de cette plainte pour torture, du fait qu’elle ne reposait, selon elle, sur aucune preuve tangible. Elle a ensuite transféré son arrêt à la justice française en vertu de la nouvelle convention judiciaire qui relie les deux pays pour que cette dernière émette sa décision finale.
Ne voulant pas céder aux flagrantes manipulations entourant ce dossier par les autorités marocaines, le juge d’instruction français, du fait des graves accusations portées contre le premier policier du Royaume, a sollicité le commissaire de police de Neuilly et sept de ses agents, dont trois de la Brigade anticriminalité équipés de gilets pare-balles, de remettre la convocation de justice au domicile de l’ambassadeur marocain à Paris où se trouvait Abdellatif Hammouchi !
Humilié, le Makhzen va vite déposer plainte à son tour en France, mais la justice française a, en Juin 2016, jugé irrecevable la plainte en diffamation déposée par le Maroc contre Zakaria Moumni, champion de kick-boxing, qui avait préalablement porté plainte contre le patron du contre-espionnage marocain.
En effet, le tribunal parisien avait estimé que le royaume du Maroc ne pouvait être assimilé à un particulier et donc poursuivi en diffamation au titre de la loi française qui réprime la diffamation publique commise envers les particuliers. Sans trancher sur le fond, la justice française a donc déclaré le royaume du Maroc irrecevable en son action.
Les actes de torture, érigés en politique d’état au Maroc, ont été à maintes fois dénoncés par des ONG de défense des droits humains marocaines et internationales, et même par le rapporteur spécial des Nations-Unies, Juan Mendes lors de sa mission au Maroc en 2012.
L’activiste des droits de l’homme sahraoui, Mohamed Abdelmoula Dihani, a souhaité laisser un témoignage audio-visuel sur ce qu’il a vécu dans la prison marocaine de Temara et dénoncer les pratiques des services secrets marocains visant à instrumentaliser la menace terroriste pour des visées politiques et pour raffermir son occupation du Sahara occidental.
Il affirme que le 28 avril 2010, après avoir été interpellé par des agents des services secrets marocains, il est embarqué dans un véhicule et amené au post des renseignements sis à l’Avenue de la Mecque, avant d’être conduit à la prison de Temara où, selon lui, se trouvait, à l’époque, le bureau d’Abdellatif El Hammouchi et où étaient planifiées toutes les opérations destinées au territoire du Sahara Occidental et la création et prétendu démantèlement de cellules terroristes en vue de faire pression sur certains pays et obtenir leur soutien, dont l’Union Européenne et les Etats-Unis.
Dihani affirme avoir subi des actes de tortures dans sa cellule pour avouer des actes qu’il n’avait jamais commis. Devant son entêtement, les agents des services de renseignements lui auraient demandé de travailler avec eux et jouer le jeu qui consiste à recruter, sous leurs directives, un groupe de personnes qui, selon eux, avait des idées radicales et les amener au Sahara Occidental.
L’objectif des services d’Abdellatif Hammouchi était d’accuser ce groupe de vouloir attenter contre la MINURSO ou des personnalités sahraouies connues pour leur défense des thèses marocaines et commettre un attentat terroriste dans le territoire sahraoui et présenter les sahraouis comme une menace potentiel pour les intérêts des Etats-Unis et de l’Europe…
Pendant son séjour dans la prison de Temara, M. Dihani a rencontré de nombreux marocains innocents qui se trouvaient en prison après avoir été manipulés par les services secrets marocains en vue de commettre des attentats au Maroc. Parmi eux, des auteurs des attentats de Casablanca en 2003, qui lui auraient assuré que le commanditaire de cette opération n’a pas été arrêté en raison de son appartenance aux services de sécurité marocains !
Entre décembre 2011 et mars 2012, il a aussi rencontré Adil El Othmani, l’auteur présumé de l’attentat perpétré contre le Café Argana en avril 2011, à Marrakech, qui lui aurait également assuré qu’en tant que collaborateur des services de renseignements marocains sous l’autorité d’Abdellatif Hammouchi, il avait reçu l’ordre de rejoindre l’État Islamique en Irak, avant d’être arrêté par les autorités libyennes et syriennes, puis libéré grâce à l’intervention des autorités marocaines. Une fois de retour au Maroc, il a reçu l’ordre de déposer une bombe au Café Argana…
Malgré ces témoignages accablants, la France et l’Espagne, qui ont des intérêts économiques et stratégiques au Maroc, vont de manière surprenante décider de… décorer Abdellatif Hammouchi !
En 2014, le gouvernement espagnol lui décernait « La croix honorifique de mérite policier avec distinction rouge », avant de lui attribuer la Grande croix de l’Ordre du mérite de la Garde civile espagnole en Septembre 2019.
Le ministre français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, en visite au Maroc, avait annoncé que Paris décorerait également le patron du contre-espionnage marocain, oubliant à son tour que ce dernier avait été visé par une plainte pour « torture » dans leur propre pays, ce qui avait entraîné une crise diplomatique entre les deux pays.
Rabat avait d’ailleurs momentanément suspendu la coopération judiciaire, qui n’avait pu être rétablie, à la faveur d’un accord entre les deux gouvernements, qu’après 11 mois de brouille avec la France…
« La France avait déjà eu l’occasion de distinguer monsieur Hammouchi en 2011 en lui attribuant le titre de Chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur. Elle saura prochainement lui témoigner à nouveau son estime en lui remettant cette fois les insignes d’Officier », avait indiqué Le Ministre français, déclenchant d’acerbes critiques à Paris.
Décorer Abdellatif Hammouchi dans ces circonstances « me paraît un véritable scandale, une honte pour la France », avait déclaré Me Patrick Baudouin, avocat d’un des plaignants et président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH).
Il avait jugé « avilissant (…) d’avoir cédé dans le cadre d’un deal passé avec les autorités marocaines pour permettre un rétablissement de la coopération militaire et sécuritaire », évoquant « une façon de perdre son âme ».
Alors que les droits de l’Homme sont une priorité de la politique étrangère de l’Europe, la France et l’Espagne, qui auraient été manifestement trompés par des actions clandestines des services marocains attribuées à la mouvance terroriste internationale, continuent de protéger un Makhzen en totale déliquescence, assurant à des personnages tels Abdellatif Hammouchi, patron de la police et des services de renseignements du Maroc, de continuer à emprisonne et torturer des citoyens marocains, dans l’impunité la plus totale.

Mourad Boumedienne

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